— Écoute, Jonas, mes conseils pour vaincre dans ton existence : vous ferez en sorte que ceux qui vous sont inférieurs ne puissent jamais pénétrer vos desseins. Un rival bien préparé pour le combat, et contre qui votre attaque a échoué, est dangereux : ne revenez pas à une seconde charge. Mais si de part et d'autre il y a une même quantité de monde, tout ce que vous pouvez faire c'est de hasarder le combat ; Si vous êtes ignorant des plans des États voisins, vous ne pourrez préparer vos alliances au moment opportun; si vous ne savez pas en quel nombre sont les ennemis contre lesquels vous devez combattre, si vous ne connaissez pas leur fort et leur faible, vous ne ferez jamais les préparatifs ni les dispositions nécessaires pour la conduite de votre armée; vous ne méritez pas de commander. Si vous avez fait courir des bruits, tant pour persuader ce que vous voulez qu'on croie de vous, que sur les fausses démarches que vous supposerez avoir été faites par les généraux ennemis ; si vous avez su faire douter des bonnes intentions de ceux mêmes dont la fidélité à leur prince vous sera la plus connue, bientôt vous verrez que chez les ennemis les soupçons auront pris la place de la confiance, que les récompenses ont été substituées aux châtiments et les châtiments aux récompenses, que les plus légers indices tiendront lieu des preuves les plus convaincantes pour faire décéder quiconque sera soupçonné. Vous donc que le choix du prince a placé à la tête des armées, basez les fondements de votre science militaire sur les principes que je viens d'établir... S'il croit que son honneur est blessé, et qu'il veuille le réparer, que ce soit en suivant les règles de la sagesse, et non pas les caprices d'une mauvaise honte. Un général ne peut bien servir l'État que d'une façon, mais il peut lui porter un très grand préjudice de bien des manières différentes.

Dans les lieux élevés, il y a un choix à faire : c'est de camper toujours du côté du midi, parce que c'est là qu'on trouve la fertilité ; être instruit des moyens qui assurent la victoire n'est pas encore la remporter. Si vous êtes dans des lieux gâtés ou détruits, n'allez pas plus avant, retournez sur vos pas, fuyez le plus promptement qu'il vous sera possible ; ceux-là possèdent véritablement l'art de bien gouverner les troupes, qui ont su et qui savent rendre leur puissance formidable. Vous ne commencerez ni ne terminerez jamais la campagne hors de saison. Rien n'est impossible à qui sait s'en servir... Or si vous n'êtes ni craint ni respecté, si vous n'avez qu'une autorité faible, et dont vous ne sauriez vous servir sans danger, comment pourrez-vous être avec honneur à la tête d'une armée? Comment pourrez-vous vous opposer aux ennemis de l'État?.